Le Passage ici ou là

02 novembre 2017

Une grande scène de théâtre

Ce titre évoque pour moi les réseaux sociaux tels que Facebook. Une grande scène de théâtre où se mèlent vie privée et vie publique, comme dans la vie réelle.

Comme dans la vie réelle, chacun porte des masques derrière un écran (ordinateur, smartphone, tablette, ...). J'en arrive à me demander : quand est-ce qu'on est vrai ?

Les réseaux sociaux, et plus largement Internet, sont-ils plus dangereux que ce que nous vivons dans la vie réelle? Et en quoi sont-ils plus dangereux? Usurpation d'identité? La rumeur qui se propage vite? Je dirai : c'est comme dans la vie réelle!

La véritable question à se poser serait : avons-nous besoin des réseaux sociaux pour vivre? Et si oui, quand est-ce qu'on est vrai ? Et si non, qu'est-ce qu'on attend pour les supprimer de nos vies ou les remettre à leurs justes places, c'est à dire de simples outils. Outils pour vendre des prestations (même si ça me gongle de voir passer sur mon mur la pub de mes amis). Outils pour rencontrer d'autres personnes autour de thèmes spécifiques, pour accéder à plus de connaissances, de savoirs.

A partir de quel moment ça dérape?

Pour moi, ça dérape à partir du moment où des gens que vous connaissez ou pas vous demandent en "amis". Si vous les connaissez, et si vous les acceptez sur votre mur, il va falloir être sur ses gardes pour ne pas les decevoir. L'image qu'ils se font de vous risque de se casser. Quand est-ce qu'on est vrai ?

Si vous ne les connaissez pas, vous les faites entrer ou vous les laissez au bord de la route?

Si je les fais entrer, j'aurais de grosses surprises. J'en ai fait l'expérience. Si je les laisse là où ils sont, je risque de laisser passer une belle rencontre (une chance sur deux). 

Il y a la possibilité aussi, quand on a trop d'amis sur les réseaux sociaux, de faire le tri parmi ses contacts. D'en supprimer. Seulement, on n'imagine pas la violence qu'on projette, inconsciemment, sur l'autre qu'on n'estime pas suffisamment pour le garder. On n'imagine pas la violence qu'on se fait à soi-même. Avoir plus de six cents contacts, deux mille pour certains, y a-t-il un sens à ce sur-nombre ?

J'en reviens aux masques que l'on se sent obligé de porter dans la vie virtuelle et dans la vie réelle. Quand est-ce qu'on est vrai ?

Les réseaux sociaux ne sont-ils pas finalement un jeu ? Et ne risquons-nous pas de passer notre temps dessus, et laisser de côté ce qui fait que la vie peut avoir un sens ? Ce que je veux dire, c'est qu'on ne peut pas se multiplier en plusieurs personnes pour répondre aux sollicitations du virtuel. Il y a suffisamment à faire dans la vie de tous les jours !

Quelle est la chose la plus importante dans la vie, dans notre vie ? Pour moi, c'est de vivre ma vie et pas celle d'un autre. C'est de devenir plus authentique tout en me préservant. Et je sais que je vais perdre des amis dans la vie virtuelle et dans la vie réelle.

Ma vie a un prix, comme celle de chacun. Et je désire plus d'authenticité chez moi et chez les autres que je côtoie.

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12 octobre 2017

Au diable, la culpabilité !

Au diable, la culpabilité !

Auteur : Yves-Alexandre Thalmann

Editions Jouvence

Du jeudi 28 septembre au jeudi 5 octobre 2017, a eu lieu le congrès virtuel sur la douance, animé et organisé par Nathalie Alsteen, coach, thérapeute et conférencière belge (son site internet se nomme "Emotifs talentueux"). L'un des invités de ce congrès, Yves-Alexandre Thalmann a évoqué le sentiment de culpabilité.

Du coup, je me suis procurée un de ses livres, sur la culpabilité. Dans Au diable, la culpabilité !, l'auteur introduit le sentiment de culpabilité en expliquant la différence entre une émotion et un sentiment, et la différence entre la dimension objective de la culpabilité et sa dimension subjective. Pour cette dernière dimension, il existe une culpabilité morbide, c'est-à-dire qu'on se culpabilise à tort et à travers. Mais, en réalité, que se cache-t-il derrière ce sentiment ?

Ce livre amène à réfléchir par le biais de témoignages concrets et à changer de regard sur soi et sur les autres. Je suis bouleversée par cette lecture tellement elle me libère!

Au diable la culpabilité

Pour en revenir au congrès virtuel sur la douance, quelques questionnements d'Yves-Alexandre Thalmann m'ont interpellés:

- où  s'arrête ma responsabilité ?

- où commence la responsabilité de l'autre ?

Pour arrêter enfin de jouer le jeu de la culpabilité, je prends en charge ma responsabilité, et je laisse à l'autre le soin de s'occuper de la sienne !

 

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22 juin 2017

Sur mon chemin

Sur mon chemin, en me rendant à un rendez-vous professionnel chez Coopaname, j'ai pris deux photos d'une image sur une façade d'immeuble. C'est entre les métros Nationale et Chevaleret, ligne 6.

MNationaleChevaleret1

MNationaleChevaleret2

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08 juin 2017

Ce que je voudrais

Texte écrit dans un atelier d'écriture :

Ce que je voudrais, c'est marcher sur un chemin vierge pour laisser les traces de mes pas, de ma présence. Je me sens unique comme nous le sommes tous. C'est pourquoi mon parcours est différent et ne peut être fouler que par mes mocassins. Je ne peux et ne veux entrer dans une case quelconque. ça m'effraie, tandis que ça rassure d'autres.

Sur mon chemin, il y a du sable, des pierres, de la végétation, des ronces... Tout ça ! Mon chemin est une terre qui n'existe nulle part ailleurs. Que je peux partager avec ceux qui comprennent, ceux qui respectent la terre de chacun.

Il m'arrive d'être maladroite quand je rejoins le chemin d'autres différents de moi. Il y a des ratés, des réussites aussi. Parce que je ne suis pas parfaite. Je suis humaine.

J'admire le chemin de ceux qui font de leur mieux pour vivre dans ce monde déboussolé. Je n'aime pas ceux qui dénaturent, détruisent. Là aussi, je ne suis pas parfaite... je n'aime pas tout le monde. Emerson, philosophe et poète américain, a dit ou écrit un jour: "N'allez pas là où le chemin peut mener. Allez là où il n'y a pas de chemin et laissez une trace." Finalement, c'est à chacun de tracer son chemin là où il n'y en a pas.

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24 avril 2017

Sur les pas de...

Aujourd'hui, un ami et moi, nous sommes allés au cimetière du Montparnasse dans le 14ème arrondissement de Paris. C'est là que reposent des membres de sa famille. Dans les allées, se cotoient des poètes, des romanciers, des philosophes, et bien d'autres...

Quelques fois, sur les tombes, nous trouvons des cailloux, des fleurs, mais aussi des "choses" qu'on n'imagine pas dans ces lieux. Telles les photos que j'ai prises, où reposent Marguerite duras et Yann Andréa, son dernier compagnon.

Duras avr17 1

Duras avr17 2

Duras avr17 3

A noter, pas très loin, la tombe de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Là, nous avons vu des tickets de métro au lieu de stylos. Et sur la stèle, des traces de rouges à lèvres.

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22 novembre 2016

Mandala

Avec beaucoup de retard, je vous montre mon mandala "Les saisons" que j'ai réalisé en septembre.

Mandsaison1

Mandsaison2

Mandsaison3

Mandsaison4

A très bientôt !

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29 septembre 2016

De Grenoble à Paris

Dernier texte de Céline Calonne (avec son autorisation)

 

Mon portable est éteint, je vais ouvrir mon livre.

J'hésite : du train, le paysage m'apaise…

Mais le rideau obstrue complètement la vue,

mon voisin frappe clic ! clic ! clic ! sur son clavier.

Je glisse vers un siège plus ouvert au monde.

Les villages, les feuillages, les vallons filent,

furtivement, la vue des vaches me ravit.

Nature et mouvement me rendent optimistes,

comme les nouvelles de l'hôpital ce matin :

En prenant docilement ses médicaments,

papa a trinqué à la santé des soignants !

Le papier sur lequel j'écris ces quelques lignes,

c'est le début d'une nouvelle de son cru.

Elle est intitulée "Continuer à vivre".

 

Merci Céline pour tes textes que tu as partagés avec nous !

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27 septembre 2016

La blouse blanche blonde platine

Texte de Céline Calonne (avec son autorisation)

Je crois que c'était le lendemain de l'arrivée de maman dans le service gériatrie aiguë puisqu'on y avait été bien accueillis par Nicolas, l'interne du service. Elle est arrivée chambre 2. Ca s'est corsé quand ils l'ont transférée chambre 15, l'avant-dernière du couloir après 2 ou 3 virages à droite.

...

Je viens d'arriver avec papa. [...] Je me souviens avoir fait tout le chemin inverse pour revenir au bureau des blouses blanches dont la porte était ouverte.

Aucune condescendance, je le rappelle, dans le terme générique que j'utilise pour désigner les membres du personnel, leurs fonctions ne sont pas lisibles, ils sont tous en blouses blanches, sans badge. Seul Nicolas s'était présenté en nous disant bonjour, son prénom et sa fonction.

Au bureau des blouses blanches disais-je, je devais avoir les yeux grands ouverts, je suis sûre de ne pas avoir eu les yeux froncés, je devais montrer la direction chambre du pouce et je sais que j'ai dit « c'est normal qu'il y ait quelqu'un dans le lit de ma mère ? Chambre 15... ». A ce moment, je pensais qu'il y avait eu un embouteillage de malades. En même temps ça me semblait étrange parce que je n'avais vu aucun lit dans le couloir. D'autre part, j'avais bien remarqué qu'il y avait des chambres d'hommes et des chambres de femmes. Je n'ai pas vraiment pensé à une personne désorientée sur le coup, c'est vrai. J'avais croisé ce monsieur dans le couloir avec ses proches très souriants, je n'avais rien détecté d'étrange. Cela dit, la logique m'a parue évidente lorsque la blouse blanche m'a informée en reparcourant le couloir dans l'autre sens. Ca devenait plutôt rigolo dans mon esprit.

Seulement voilà. Très peu de temps après, la dame de la chambre 13 crie un « Au-se-cours !» tonitruant sur un octave : trois notes montantes comme si-mi-si avec un accent tonique sur le dernier si. S'ensuit une demi-pause voire un soupir, puis répétition ad-lib des trois notes. Après quelques mesures supportées vaillamment, je sors dans le couloir et aperçois la cantatrice de fortune assise de travers dans son fauteuil, essayant de manipuler un drôle de morceau de tissu. « S'il vous plaît, aidez-moi !» me dit-elle dans une plainte rauque cette fois, un peu essoufflée, lorsqu'elle me voit. Je m'approche et comprends que le bout de tissu est un gant fourni par l'hôpital. En l'aidant à l'enfiler, j'aperçois une flaque à ses pieds... elle commence à soulever sa chemise de nuit. L'intervention du personnel me paraît plus qu'indiquée. Je l'en informe, et alors qu'elle reprend son refrain affolé, je refais rapidement le chemin jusqu'au bureau du staff que je vois discuter en groupe dans le couloir. Je pense que je peux, que je dois interrompre ce qui semble une conversation distendue. Je ne me souviens pas du dialogue exact. Je me souviens que lorsqu'on me dit « on va y aller » j'ai envie qu'ils y aillent vite. Je leur précise qu'elle paraît très instable sur son fauteuil, qu'elle peut glisser sans préciser davantage pourquoi. On me répète qu'on va y aller. Et là j'ai dû dire « Mais quand ? C'est super anxiogène ! » Effectivement, je suis hyper anxieuse d'entendre appeler au secours si fort et de façon aussi soutenue, anxieuse de l'effet sur ma mère autant que sur mon père, ça me paraît évident que ça angoisse tous les malades, et qu'une fois tirée d'affaire, elle se calmerait. C'est là qu'intervient la blouse blanche blonde platine.

En fait sa couleur de cheveux je ne m'en rappelle pas vraiment. Ils sont courts, une coupe comme un casque angulaire, peut-être soutenue par du gel ou de la laque qui maintient les mèches en pointe, un peu comme Natacha Polony en plus court, plus dru, et avec une couleur plus claire que foncée, métallique en tout cas, blonde platine ? Argentée ? C'est peut-être l'interprétation que j'ai faite moi-même du masque de froideur qu'elle affiche en contournant ses collègues par l'arrière pour me clouer le bec d'un ton ferme : « De toute façon cette dame elle va crier tout le temps, elle est comme ça, elle va crier jusqu'à ce qu'elle parte. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Là on est en transmission. Quand on a fini on vient. » A peine un point d'exclamation dans la voix mais un ton glacial et un non verbal qui en dit long. Je suis estomaquée. J'ose quand-même demander quel est l'horaire des transmissions. Elle me répond de 14 à 15. Je regarde ma montre en disant que je ne le connaissais pas (il est 14h51), que maintenant je le connais (sous-entendant que je n'interromprai plus ce moment certes très important de leur timing, quitte à laisser une vieille dame se casser la figure ou le col du fémur en tombant dans son pipi). Et je retourne angoisser en groupe et en grappe au fond du couloir, comme dans le camp clairement adverse et définitivement impuissant.

De retour au fond du couloir, je ferme la porte de notre chambre sans demander son avis à l'iguane*. Je rassure ma mère avec l'hypocrisie la plus bienveillante. La dame ne craint rien, elle a juste peur et ils vont venir s'occuper d'elle. Mon père est admirable. Stoïque. Il ne laisse presque rien paraître mais l'atmosphère est lourde. Les autres malades que j'ai entraperçus dans leurs chambres ne trahissent pas d'émotion, a l'instar de notre iguane. Il faut dire que certains sont aussi inertes que des statues de cire plus ou moins cabossées dans leurs lits. A mon avis, ils sont soit sourds profonds, soit en dépression profonde.

Chacun se mure donc comme il peut dans la perspective des 9 minutes à venir. Papa reprend sa lecture, maman ne dit rien, je cherche à m'occuper avec mon smartphone, mais je sens peu à peu mes yeux se gonfler. J'ai dû repasser devant cette pauvre femme, lui dire d'attendre un tout petit peu, qu'elles allaient arriver. Elle m'a répondu d'un air lucide mais sans colère « Oh j'y crois pas...» avant de reprendre « Aidez-moi » ad-lib, comme si c'était sa seule action possible. Je retourne Est-ce qu'on va vraiment supporter ça à longueur de journée, tous les jours ? Et cette peau de vache, elle n'a pas à cœur de rassurer les visiteurs autant que les malades ? Il suffisait de me dire presque la même chose avec une voix rassurante, ça aurait tout désamorcé. Bien sûr, on ne peut rien dire. Il est de notoriété publique que le personnel hospitalier est insuffisant. Leurs conditions de travail dans ces cris, j'en sens bien le caractère corrosif. Je sais, se protéger derrière une carapace, prendre de la distance c'est essentiel dans ces métiers. Mais de là à court-circuiter autant son empathie ? On peut aussi avoir une empathie technique, un peu mécanique, apprise, dont la fonction serait de ne pas amplifier le stress de tout le monde, dans un but purement médical, professionnel (si on doit absolument écarter l'humain). Je me fais toutes ses réflexions en faisant quelques allers retours salutaires à l'autre bout du couloir, pour ne pas montrer à papa mes yeux rougis et congestionnés. Ce côté du couloir est complètement désert. C'est le côté gériatrie mobile. Je peux m'asseoir sangloter tranquillement sur un siège rembourré, très confortable, en retrait du couloir dans un renfoncement où quelques portes sont visiblement des bureaux vides et fermés. J'essuie mes yeux avec le papier essuie-main des toilettes toutes proches. A défaut de papier toilettes, celui-ci n'est pas trop rêche et suffisamment ferme pour me moucher dedans proprement. Bon point. C'est une discussion avec une autre dame qui visite sa mère qui finit par canaliser mon trop plein d'émotion. Je relativise moi-même : « elle n'aurait pas dû me parler comme ça, c'est juste 2 à 3 minutes mal gérées.». D'ailleurs les blouses blanches sont passées, la malade ne crie plus depuis longtemps. Elle est recouchée, semble calme mais j'avoue que je ne m'attarde pas à la regarder avec précision. Je remarque qu'on ne l'entend à nouveau que presque 3 heures après. La permanence de ses cris, c'était du pipo. Quant aux solutions, elles en ont : à un moment où « ça » reprenait, j'entends une voix de blouse blanche lui décrire visuellement le temps à attendre qu'on vienne s'occuper d'elle : « quand la grande aiguille de l'horloge qui est sur le 4 sera sur le 5 ». J'ai constaté avec satisfaction qu'elle n'avait repris son appel de détresse qu'après ces cinq minutes. Elle n'est donc pas du tout incontrôlable, et elles ont des trucs les blouses blanches, comme pour les enfants. D'ailleurs, je constate qu'elles terminent leur tournée de médicaments aux malades, avec la dame en fauteuil à côté d'elles. « Vous ne criez pas madame Y, hein ? On est là, d'accord ? » Elle ne répond pas, elle n'a pas l'air super tranquille mais en tout cas son anxiété est limitée. Celle de tout le contenu vivant du service aussi même si tout le monde fait la gueule. Aiguë, la gériatrie...

 Note :

* Voir le texte : Pas de musique pour les iguanes.

Merci Céline pour ton texte !

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25 septembre 2016

Pas de musique pour les iguanes

Texte de Céline Calonne (avec son autorisation)

A son arrivée dans le service de gériatrie aiguë, la voisine de chambre de maman semble grande dans son lit, elle a toute sa tête, des escarres sur les talons, mange (comme quatre par rapport à maman) de la main gauche car elle est paralysée de la main droite, a quelques visites, et nous demande simplement de l'aide pour finir son yaourt. On comprend aussi qu'elle a des nausées puisqu'on l'a entendu demander un médicament anti-nausée avant le repas et qu'on lui donne systématiquement une sorte de panier rond enveloppé de plastique, dont il ne me semble pas qu'elle se soit jamais servi en notre présence (ouf), même si le rideau entre les 2 lits est parfois un peu tiré.

Maman étant encore très absente. Papa a les mains sur ses pieds un peu froids, et je lui fais écouter un peu de musique classique via des écouteurs et mon smartphone. Elle ne réagit pas trop. Elle me répond quand même « oui » quand je lui demande si ça lui plaît, mais à ce stade là, je ne sais pas trop si c'est une réponse automatique ou réfléchie. Vers la fin de la journée, je pose le smartphone à côté de son oreille, sans les écouteurs, en mettant le son très bas. C'est du Chopin. Elle aime beaucoup Chopin. Très vite on entend la voisine : « Haaaaa, c'est beau ça... ». Elle a les yeux fermés. Je propose d'augmenter un peu le son, elle acquiesce, et Chopin apaise d'un coup toute la chambrée.

Elle est cool la voisine.

Mais il est tard, entre 19 et 20 heures, et la sonnerie du téléphone interrompt soudain Chopin. Je suis obligée d'écourter deux fois le concert. Elle ne dit absolument rien. Elle a toujours les yeux fermés.

Elle est cool la voisine.

Après, nous avons changé de voisine. Habillée, assise dans son fauteuil, elle communique très peu. Elle a à peine répondu bonjour à notre arrivée, puis a regardé maman d'un air un peu attendri me semble-t-il en contournant le rideau du regard, avant de se cloîtrer dans un mutisme et une immobilité remarquable. Assez vite je ressors mon smartphone et lui demande si elle aimerait écouter de la musique classique ou si ça la dérange, elle me répond quelque chose comme « pas trop fort » avec une air pas très engageant. Je mets donc très très bas. Puis lorsque papa me dit d'augmenter le son pour que la voisine puisse entendre (il n'a pas compris la même chose que moi), je vérifie auprès d'elle ce qu'elle souhaite. Elle répond avec un geste de la main et en regardant ailleurs « Ho, c'est comme vous voulez ! ». C'est très clair, je remets les écouteurs à maman. Les jours suivants plus aucune communication. Papa me raconte même dans un tramway de retour un petit épisode. Alors que je suis descendue boire un café, papa a le réflexe de tirer le rideau entre maman et la voisine pour éviter le rayon de soleil qui arrive dans la figure de maman à travers la fenêtre du fond. Elle a beau être quasiment aveugle à cause de sa DMLA*, maman est facilement éblouie par la lumière directe, nous sommes habitués à ce qu'elle s'en plaigne. La voisine empêche impérativement le glissé de rideau avec sa main. Et lorsque papa lui explique la raison de son geste, elle répond quelque chose comme « oui, moi ça me gêne. ».

Pas commode la voisine !

D'ailleurs je me rappelle de l'aller-retour rapide d'une blouse blanche disant « Mme X, est-ce que vous allez me laisser faire votre prise de sang aujourd'hui ? Non ? Bon. ». Ca ne devait pas être urgent ni capital parce qu'elle n'a vraiment pas insisté. On avait à peine entendu le « non », mais le mouvement de la tête avait été très clair.

Un autre jour, elle est couchée, habillée, complètement immobile, la tête orientée un peu vers nous. A un moment, je sens son regard se poser sur moi, je la regarde, ses paupières se ferment directement, comme si on avait appuyé sur un bouton. La mécanique se répète plusieurs fois. J'avoue que je m'y adonne avec amusement pendant un moment. Papa n'a pas profité du sketch. Je lui raconte en baptisant la voisine « l'iguane ». Il me répond avec beaucoup de justesse « elle a plutôt l'air d'une guenon ». Il a raison. Le regard d'une guenon, c'était exactement ça.

Note:

*DMLA : Dégénérescence Maculaire Liée à l'Âge.

Merci Céline pour ton texte !

 

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23 août 2016

Le don

Nous avons tous expérimenté l'expérience du don, chacun à sa manière.

Le don, c'est un bout de soi que l'on transmet à un autre que soi. ça peut être un livre, une lettre, du temps, ou un simple sourire.

Donner

Enfin, j'ai compris que l'on ne donne pas de la même manière selon que cet autre que soi est un ami, un membre de la famille (celle d'origine ou celle que l'on a créé), ou un inconnu (une personne sans domicile fixe, en situation de précarité...). Le don n'a pas la même portée en fonction de qui est l'autre pour soi.

Il arrive que le don ne soit pas reçu ou qu'il soit perçu autrement. 

Il arrive aussi qu'à force de donner, on s'oublie soi-même; et lorsque la relation "casse", que l'autre dise : "Après tout ce que j'ai fait pour lui/elle! ". Alors celui qui donne devient le profiteur, et celui qui reçoit le bon samaritain. Les rôles sont inversés.

Maintenant, je sais qu'on ne peut pas donner à tous, même avec la meilleure volonté.

Je vous laisse avec ces quelques mots: "Apprendre à mesurer ses choix, ses dons".

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