Le Passage ici ou là

25 septembre 2016

Pas de musique pour les iguanes

Texte de Céline Calonne (avec son autorisation)

A son arrivée dans le service de gériatrie aiguë, la voisine de chambre de maman semble grande dans son lit, elle a toute sa tête, des escarres sur les talons, mange (comme quatre par rapport à maman) de la main gauche car elle est paralysée de la main droite, a quelques visites, et nous demande simplement de l'aide pour finir son yaourt. On comprend aussi qu'elle a des nausées puisqu'on l'a entendu demander un médicament anti-nausée avant le repas et qu'on lui donne systématiquement une sorte de panier rond enveloppé de plastique, dont il ne me semble pas qu'elle se soit jamais servi en notre présence (ouf), même si le rideau entre les 2 lits est parfois un peu tiré.

Maman étant encore très absente. Papa a les mains sur ses pieds un peu froids, et je lui fais écouter un peu de musique classique via des écouteurs et mon smartphone. Elle ne réagit pas trop. Elle me répond quand même « oui » quand je lui demande si ça lui plaît, mais à ce stade là, je ne sais pas trop si c'est une réponse automatique ou réfléchie. Vers la fin de la journée, je pose le smartphone à côté de son oreille, sans les écouteurs, en mettant le son très bas. C'est du Chopin. Elle aime beaucoup Chopin. Très vite on entend la voisine : « Haaaaa, c'est beau ça... ». Elle a les yeux fermés. Je propose d'augmenter un peu le son, elle acquiesce, et Chopin apaise d'un coup toute la chambrée.

Elle est cool la voisine.

Mais il est tard, entre 19 et 20 heures, et la sonnerie du téléphone interrompt soudain Chopin. Je suis obligée d'écourter deux fois le concert. Elle ne dit absolument rien. Elle a toujours les yeux fermés.

Elle est cool la voisine.

Après, nous avons changé de voisine. Habillée, assise dans son fauteuil, elle communique très peu. Elle a à peine répondu bonjour à notre arrivée, puis a regardé maman d'un air un peu attendri me semble-t-il en contournant le rideau du regard, avant de se cloîtrer dans un mutisme et une immobilité remarquable. Assez vite je ressors mon smartphone et lui demande si elle aimerait écouter de la musique classique ou si ça la dérange, elle me répond quelque chose comme « pas trop fort » avec une air pas très engageant. Je mets donc très très bas. Puis lorsque papa me dit d'augmenter le son pour que la voisine puisse entendre (il n'a pas compris la même chose que moi), je vérifie auprès d'elle ce qu'elle souhaite. Elle répond avec un geste de la main et en regardant ailleurs « Ho, c'est comme vous voulez ! ». C'est très clair, je remets les écouteurs à maman. Les jours suivants plus aucune communication. Papa me raconte même dans un tramway de retour un petit épisode. Alors que je suis descendue boire un café, papa a le réflexe de tirer le rideau entre maman et la voisine pour éviter le rayon de soleil qui arrive dans la figure de maman à travers la fenêtre du fond. Elle a beau être quasiment aveugle à cause de sa DMLA*, maman est facilement éblouie par la lumière directe, nous sommes habitués à ce qu'elle s'en plaigne. La voisine empêche impérativement le glissé de rideau avec sa main. Et lorsque papa lui explique la raison de son geste, elle répond quelque chose comme « oui, moi ça me gêne. ».

Pas commode la voisine !

D'ailleurs je me rappelle de l'aller-retour rapide d'une blouse blanche disant « Mme X, est-ce que vous allez me laisser faire votre prise de sang aujourd'hui ? Non ? Bon. ». Ca ne devait pas être urgent ni capital parce qu'elle n'a vraiment pas insisté. On avait à peine entendu le « non », mais le mouvement de la tête avait été très clair.

Un autre jour, elle est couchée, habillée, complètement immobile, la tête orientée un peu vers nous. A un moment, je sens son regard se poser sur moi, je la regarde, ses paupières se ferment directement, comme si on avait appuyé sur un bouton. La mécanique se répète plusieurs fois. J'avoue que je m'y adonne avec amusement pendant un moment. Papa n'a pas profité du sketch. Je lui raconte en baptisant la voisine « l'iguane ». Il me répond avec beaucoup de justesse « elle a plutôt l'air d'une guenon ». Il a raison. Le regard d'une guenon, c'était exactement ça.

Note:

*DMLA : Dégénérescence Maculaire Liée à l'Âge.

Merci Céline pour ton texte !

 

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23 août 2016

Le don

Nous avons tous expérimenté l'expérience du don, chacun à sa manière.

Le don, c'est un bout de soi que l'on transmet à un autre que soi. ça peut être un livre, une lettre, du temps, ou un simple sourire.

Donner

Enfin, j'ai compris que l'on ne donne pas de la même manière selon que cet autre que soi est un ami, un membre de la famille (celle d'origine ou celle que l'on a créé), ou un inconnu (une personne sans domicile fixe, en situation de précarité...). Le don n'a pas la même portée en fonction de qui est l'autre pour soi.

Il arrive que le don ne soit pas reçu ou qu'il soit perçu autrement. 

Il arrive aussi qu'à force de donner, on s'oublie soi-même; et lorsque la relation "casse", que l'autre dise : "Après tout ce que j'ai fait pour lui/elle! ". Alors celui qui donne devient le profiteur, et celui qui reçoit le bon samaritain. Les rôles sont inversés.

Maintenant, je sais qu'on ne peut pas donner à tous, même avec la meilleure volonté.

Je vous laisse avec ces quelques mots: "Apprendre à mesurer ses choix, ses dons".

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21 août 2016

L'amitié

L'amitié me semble de plus en plus difficile à concrétiser au fur et à mesure que j'avance en âge. J'ignore pourquoi. Je peux émettre quelques hypothèses: à 46 ans, la plupart des femmes et des hommes sont en couple ou divorcés, avec des enfants. Et ces femmes et ces hommes préfèrent fréquenter des personnes dans la même situation qu'eux.

Je désire plus que jamais des relations durables. Et je sais qu'on ne peut pas être ami(e) avec tout le monde.

Il existe des périodes de déserts. Ce que j'appelle les déserts de solitude. Des passages que je traverse, où je revisite ma vie, où je sais que je ne peux plus continuer ma route avec telle personne, car je me perdrai au lieu de me trouver.

coeur

Ces déserts de solitude sont formateurs pour ma propre construction intérieure, même s'ils peuvent être arides et amers.

Et puis, un jour, je me rends compte que je fréquente une personne - et plusieurs même - depuis des années mais je ne sais rien d'elle. Excepté sa passion pour les livres. Je m'aventure dans la relation avec cette personne. Je m'aperçois qu'elle poursuit un but semblable au mien: trouver des amis qui la poussent vers le haut, vers le meilleur d'elle-même.

Car c'est aussi ça l'amitié: mettre l'égo de côté pour construire une relation durable. Car le jour où le compagnon ou la compagne n'est plus là pour telles raisons, le jour où les enfants sont grands et mènent leur vie, qui trouve-t-on auprès de soi?

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19 août 2016

Opinel et mon père

J'ai appris le décès de Maurice Opinel, président de la célèbre marque de couteaux savoyards.

Sur Twitter, j'ai eu un échange avec mon ami, José. Il voudrait, si je le veux, que je raconte mon histoire. Mon histoire n'est pas extraordinaire, lui ai-je écrit. José m'a répondu : "Toutes les histoires sont extraordinaires. Elles sont une."

Je me souviens des repas familiaux à Aubagne, où nous habitions quand j'étais enfant. Mon père possédait un Opinel. Je ne savais pas, à cette époque, l'importance que cela avait pour un homme d'avoir un Opinel. Mais je savais l'importance que cela avait pour mon père. Ou plutôt, je la devinais. Quand il se saisissait de son couteau pour découper des tranches de pain ou, simplement, des bouchons en liège pour passer le temps, il  y avait une sorte de rituel, quelque chose de presque spirituel. Son geste ralentissait... comme pour garder une trace d'un moment sacré pour lui, et à partager avec la famille, sans en avoir l'air. 

J'associe l'Opinel à mon pays d'enfance, Aubagne, car c'était les années les plus marquantes et les plus merveilleuses : la montagne avec le Lou Garlaban, la mer, celle du port de Cassis, et bien d'autres souvenirs. C'était avant que la famille se disloque. Mais ça, c'est une autre histoire.

Je voulais mettre une photo d'un Opinel, mais j'ai trouvé que ça détonne sur le blog. Finalement, j'ai choisi la mer et la plage avec un bleu semblable à la Méditerranée.

beach

 

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15 août 2016

Petits instants

Dans ces jours incertains, quand l'injustice se présente dans ma vie ou celle des autres, où l'avenir paraît bien morose, je veux célébrer les petits instants qui font que la vie vaut la peine d'être vécue.

Café aout

- S'attabler dans un bistrot avec un café et un encas. Deuxième petit déjeuner de la matinée.

- Dans ce bistrot, écouter la musique, des artistes que je ne connais pas. Je découvre un nouveau monde. Par contre, je ne pourrais citer aucun nom. C'est de la musique qui passe en boucle.

- Sur cette table, écrire quelques mots pour le blog, pour ceux qui liront, pour soi aussi. Je reste persuadée qu'écrire aide à construire sa pensée. Il n'y a pas de beaux ou mauvais textes. Il existe avant tout sa propre sensibilité face à l'écriture d'un autre, et face à sa propre écriture. On peut aimer un peu, beaucoup, passionnément - ou pas - un texte. J'écris mais je ne sais pas toujours ce que je vais écrire. Je n'ai pas de sujets, de thèmes précis en tête. C'est pourquoi j'écris.

- Avec cette musique, entendre la sonnerie du mobile. Un texto d'une amie. Savoir que quelqu'un est présent alors que je suis seule avec mes feuilles et mon crayon. J'écris sur du papier puis je recopie plus ou moins avec exactitude l'original sur l'ordinateur.

Aujourd'hui, il s'agit de mes joies simples. Rien d'extraordinaire. C'est l'ordinaire et l'habitude de mes jours et, là est l'essentiel. J'espère graver ces moments fugaces dans mon esprit puisque tout est incertain. Et il me reste à quitter ce lieu pour marcher un peu. Voir la ville vivre, s'animer - et moi de même appartenant à ce tout.

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07 août 2016

La Voleuse de livres

La Voleuse de livres de Markus Zusak.

Oh! Editions, 2007 pour la traduction en langue française.

XO Editions pour la présente édition.

Tout commence en 1939. Une mère décide de confier ses deux enfants (une fille - Liesel - de 9/10 ans, et un garçon de 6 ans) à une famille d'accueil pour tenter de les sauver. Sur le trajet, son fragile garçon meurt. Après un détour près d'un cimetière dans une ville inconnue, où le garçon est enterré, Liesel est accueillie par Rosa et Hans Hubermann, dans la petite ville nommée Molching, près de Munich. Liesel porte dans ses bagages un secret : un livre qu'elle a volé, "Le manuel du fossoyeur", alors qu'elle sait à peine lire et écrire.

L'histoire est contée à travers les yeux de la Mort. Grâce à la Mort et grâce au journal intime de Liesel - personnage principal -, trouvé en 1943, nous sommes entrainés dans l'Allemagne nazie, en pleine guerre mondiale, dans la vie quotidienne des gens simples qui n'ont rien  demandé. Seulement le droit de vivre.

On rencontre les parents adoptifs : Hans, le papa, au coeur large et tendre; Rosa, la mère, bâtie comme une armoire et qui jure sans arrêt; Rudy, un petit voisin, un "Jesse Owens" blanc et aux cheveux couleur citron. Et bien d'autres personnages comme Max, né juif. On voit, on sent ce petit monde essayant d'offrir le meilleur de soi-même dans une époque trouble de l'Histoire.

Vers la fin de ma lecture, mon coeur était partagé entre pleurs de joie et pleurs de tristesse. Et... chut ! Ce livre, cette histoire, et ses personnages sont à découvrir et à aimer tendrement. Un livre que l'on garde avec soi, en soi.

La voleuse de livres

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27 juillet 2016

En Proie au Labyrinthe - La Lutte (tome 1)

En Proie au Labyrinthe - La Lutte (tome 1), de Marek Corbel.

Editions L@ Liseuse, 2014.

En proie au labyrinthe tome 1

J'ai trouvé bien écrit ce roman noir politique. L'auteur utilise des procédés d'écriture maintenant le suspense jusqu'au bout. J'ai apprécié que cette fiction fasse référence à des périodes historiques pour la France, ce qui rend cette fiction crédible à mes yeux.

L'action principale se passe en France en 2016; une France sous la pression des pays alentours appartenants au Cartel.

Au fil de la lecture, on sent  l'étau se resserrer. Pour user d'une autre métaphore, cette histoire est un labyrinthe qui retrécit jusqu'à l'étouffement des citoyens englués dedans. Au final, que reste-t-il ?

Pour tout amateur de fiction politique, je recommande vivement cette lecture.

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24 juillet 2016

Juillet 2016

Juillet est le mois du tri :

- tri dans les livres,

- tri dans les dossiers entassés depuis des lustres,

- tri dans les relations.

C'et le mois qui précède un changement. Je le sens. Je le pressens.

Juillet est le mois d'une rencontre avec Martine. J'ai fait sa connaissance sur Facebook en 2011, puis sur Paris, lors de ses passages dans la Ville.

Juillet c'est le mois du soleil. Chose rare car j'ai le souvenir que juillet a toujours été pluvieux.

Juillet c'est aussi la lumière des fleurs que j'ai captée. Des fleurs simples, sans fioritures... que l'on ne remarque pas d'ordinaire.

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Juillet 2016 est le mois qui précède un changement. Je le sens. Je le pressens. 

 

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18 juillet 2016

Les couleurs de nos souvenirs

Les couleurs de nos souvenirs de Michel Pastoureau.

Editions du Seuil, 2010.

Historien de la couleur - et pas que ça ! -, Michel Pastoureau nous entraîne dans ses souvenirs. Des souvenirs qui sont aussi les nôtres car ils sont révélateurs d'une époque : des années 50 à aujourd'hui, en faisant des tours dans le passé plus lointain. Par exemple, pourquoi la couleur verte n'est pas aimée, notamment par les artistes? Michel Pastoureau remonte le temps, bien avant Molière, pour tenter de comprendre la peur, le mythe face à cette couleur.

Ce livre aborde notre rapport aux couleurs sous forme thématique : le vêtement, la vie quotidienne, les arts et les lettres, etc.

A découvrir ! 

Les couleurs de nos souvenirs

 

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17 juillet 2016

Une rose rouge

Une rose / Rouge / Robe close / Sourde / Devant / Le temps /

Que viennent / Les chants / Des sirènes / A l'instant / Torrents / Obsédants /

Une rose / Rouge /

Une rose / Rouge / L'aube ose / Soude / Dans / Le présent /

Naissance / En puissance / Maturité / Libérée / Printemps / Frémissant /

Robe dépose / Son souffle /

Une rose / Rouge / Dérobe proses / Lourdes / Attendant / Patiemment /

Pétales / Séchées / Détachent / Leurs secrets / Sang / Puis néant /

Maintenant / Pour longtemps

Poème écrit avant 2005.

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