Je crie parce que je suis vivant, et le poing levé vers le ciel, je crie et je déverse les larmes longtemps étouffées, longtemps serrées dans la gorge - gorge que je gonfle puis gorge que je crève - longtemps emprisonnées comme je le fus, et aujourd'hui, le poing levé vers le ciel pour dire: "Vous m'avez détruit" - les poings et pieds liés dans l'obscur cachot, et dans la sueur de l'enfer, mes lèvres brûlaient d'un mal que jamais je ne pourrais oublier: j'avais soif, j'avais terriblement soif, soif de tout, et surtout être ailleurs qu'ici où tout brûlait, et la peau écorchée, et la peau à vif, un seau d'eau n'aurait pu calmer ce qui n'était plus que brûlure - et le poing levé vers cet obscur azur pour dire: "Aujourd'hui, je me reconstruis" car la porte de la prison dans laquelle je fus enfermé s'était entrouverte par quelque miracle, par quelques hommes au coeur charitable ou par décision de justice s'il y en a une - quelle justice dans ce pays sans foi ni loi où de pauvres âmes perdent jusqu'à leur propre vie pour avoir osé parler, avoir dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, hélas!, avoir osé dénoncer les dérives totalitaires d'un président en prise avec un égo surdimensionné, à la limite de la mégalomanie, dans ce pays sans foi ni loi il se pourrait que des hommes se soient ligués contre le régime en place, que des hommes aient mené des embuscades jusqu'à pénétrer dans la sueur de l'enfer, jusqu'à risquer leur vie pour avoir juste le temps d'ouvrir la porte de mon cachot, et celle d'autres comme moi - alors le poing levé vers le ciel ouvert, je crie ma liberté, je crie le "jamais plus", je crie que je suis un témoignage contre vous, mes bourreaux, parce que je suis vivant, et que vous n'avez pas eu raison des supplices que vous m'avez infligés, et que j'ai lutté envers et contre tout gardant mon esprit libre et ivre de témoigner un jour, alors, je crie parce que je suis vivant.

Texte (une seule phrase) écrit entre 2007 et 2008 lors d'un atelier d'écriture (formation).

Claire